Pour ce photo-journaliste autodidacte, la photographie est un « outil à raconter ». Un outil à raconter les beautés de la nature sauvage que cet enfant des montagnes aime tant. Depuis 15 ans, il ne quitte pas son appareil-photo, il a parcouru près de 13 pays, pris plus de 100 000 clichés d’abeilles et de ruches…
D’où vient votre intérêt pour les abeilles ?
Enfant de la campagne, je me suis toujours intéressé aux abeilles, mais c’est en 2004 que j’ai pris la décision d’y consacrer ma vie professionnelle. Les abeilles commençaient à mourir par milliers et personne n’en parlait. Ce silence qui rendait le sujet politiquement incorrect m’a conforté dans mon choix.
Comment avez-vous alors apprivoisé le monde des abeilles ?
J’avais déjà réalisé un reportage sur la chasse au miel à Madagascar qui m’avait beaucoup plu. Un apiculteur du sud de la France m’a prêté une maison, une solution idéale pour moi : pendant 3 ans, j’ai pu « vivre à côté des abeilles » dans une région qui leur était propice et qui me l’était aussi puisque la lumière y est d’une constance idéale.
Qu’est ce qui vous a le plus touché au cours de vos reportages sur les abeilles ?
Ce qui me touche beaucoup c’est l’intensité de la relation qui lie encore certains apiculteurs à leurs abeilles. En Roumanie par exemple, tous les apiculteurs vivent au sens littéral avec leurs abeilles, ils ont des petits cheptels (une centaine de ruches) et s’en occupent tous les jours. C’est un rapport quotidien, charnel, fusionnel. Ils vont jusqu’à dormir à côté de leurs ruches lorsqu’elles sont en transhumance. Une attitude très éloignée de l’apiculture mécanisée qui, froidement, dépose puis retire ses ruches le long de grandes monocultures…
Comment vont les abeilles dans le monde ?
Les abeilles ne vont pas bien. Elles sont menacées partout : par les monocultures et les pesticides dans les pays développés, par la pression démographique et la déforestation dans les pays dit en voie de développement.
Mais vous gardez espoir ?
Je suis plein d’espoir ! Nous sommes les victimes du « tableur excel », qui nous coupe du réel et qui oublie l’humain. Mais, avec l’épuisement des ressources naturelles, ce monde que les banques nous imposent, va prendre fin. Si nous nous préparons à gérer cette transition, si nous revenons vers une économie locale, stimulons la réinsertion de la nature en ville, nous franchirons avec succès la transition vers une société plus humaine.



